L'Arabie saoudite à l'heure du changement, de certains changements. Le prince héritier Mohammed ben Salman, qui a pris la destinée de son royaume en main, a lancé toute une série de réformes pour réaliser ce qu'il appelle sa « Vision 2030 ».

Certains clament que ce n'est que de la poudre aux yeux pour amadouer l'Occident, mais la vie des Saoudiens en a été, depuis deux ans, profondément modifiée.

La « Vision 2030 », grand projet économique du prince Mohammed ben Salman lancé en 2017 a eu pour première conséquence un assouplissement général des règles de vie pour les Saoudiens. La jeunesse saoudienne est la première conquise par ces réformes.

De la poudre aux yeux, disent les plus critiques, des réformes pour calmer l’Occident. Pour les Saoudiens, il n’en est rien, ce sont de profonds changements qui bousculent les plus âgés, et ravissent les plus jeunes.

(Rediffusion du 8 janvier 2020)

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L’année dernière (2019), pour la première année, le gouvernement a organisé les « saisons d’Arabie ». Chaque ville a accueilli, pendant un mois ou plus, une série de concerts, d’événements sportifs, etc. À Riyad, la capitale saoudienne, souvent jugée sévère, les saisons ont commencé début décembre 2019. Le succès a été tel qu’elles ont été prolongées jusqu’à fin janvier 2020. Chaque jour, il faut de la patience pour atteindre les « Riyadh Seasons ». Abdallah, un homme marié est venu assister à un match de boxe : « Je ne suis pas un passionné de boxe, mais ça se passe à côté de chez moi donc je suis venu. Je vais à tout ce que je peux. Mes enfants ont adoré le Cirque du Soleil, et la piste de ski en salle. On attend la prochaine saison avec impatience. » On sent, parmi les visiteurs, un mélange d’incrédulité et d’excitation. La musique, la danse n’étaient tout simplement pas jouées en public, car considérées comme « haram », contraires à la religion.

L’assouplissement des règles remet en cause la séparation des sexes et l’autorité du tuteur masculin, deux règles jusque-là absolues en Arabie saoudite. Ainsi, début décembre 2019, la séparation des familles et des jeunes hommes dans les cafés et restaurants a été déclarée non obligatoire. Le choix est laissé à l’établissement en fonction de sa clientèle. L’abbaya, la longue robe noire qui cache le corps n’est plus obligatoire non plus. Bien sûr, elle n’a pas disparu des rues, mais certaines osent l’abbaya négligemment ouverte. Doa Thabit est une jeune femme de Djedda qui se dit conservatrice. Elle a créé sa société, aidée par les nouveaux programmes économiques du gouvernement, mais elle n’a embauché que des femmes et se voile quand elle est à l’extérieur. « Je ne me sens pas à l’aise de travailler dans un environnement mixte et j’ai tellement l’habitude de porter l’abbaya. Je ne conduis pas même si toutes mes amies le font. Mais je suis contente que les choses bougent, surtout pour les plus jeunes. »

Le but ultime de cette vision 2030, c’est la diversification de l’économie. Concrètement, il s’agit de remplacer la main-d’œuvre étrangère par des Saoudiens. Sur un peu plus de 11 millions d’actifs, près de 8 millions sont des étrangers. Il s’agit aussi de pousser les femmes à travailler. L’Arabie saoudite affiche les mêmes statistiques que beaucoup de pays arabes. Si les femmes représentent la moitié des effectifs dans l’enseignement supérieur, leur taux d’activité après leur diplôme est très faible. Ces deux dernières années, les métiers de la restauration et du commerce ont vu le nombre de femmes employées augmenter. Avec l’introduction de visas de tourisme en septembre 2019, beaucoup rêvent aussi d’un métier de guide ou d’agent de voyage. D’énormes programmes de formation ont été mis sur pied. Enfin, les femmes n’ont plus l’obligation d’avoir l’autorisation de leur tuteur masculin pour ouvrir leur café ou lancer leur société.

Elles sont des milliers à avoir créé leur société, l’année dernière (2019). L’Arabie saoudite n’est plus figée, elle bouge. Une patronne de café parle de réveil, « une énergie folle flotte dans l’air. »

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