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L'actualité sur le terrain avec les reportages et enquêtes de nos correspondants. RFI propose, du lundi au vendredi, un grand reportage et des enquêtes réalisés par les envoyés spéciaux et les correspondants de la rédaction, partout dans le monde.

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Symbole national au Portugal, la sardine en voie d’extinction

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Au Portugal, depuis plusieurs années, le CIEM (Conseil international pour l’exploration de la mer) alerte sur la disparition du stock de sardines dans les eaux portugaises, et conseille zéro capture durant au moins une année.
Dans ce pays, où la sardine est érigée en véritable symbole de prospérité, d’abondance mais aussi de survie, ne plus pêcher la sardine est inenvisageable.
Les consommateurs portugais ne sont pas prêts à arrêter d’en manger. Les pêcheurs voient toujours plus de sardines en mer, et se sentent victimes d’un système qui les dépasse.

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Algérie: comment parle-t-on d'Octobre 88 aujourd'hui et qu'en reste-t-il?

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Il y a trente ans, l’Algérie vivait une semaine d’importantes émeutes, violemment réprimées par l’armée et les services de sécurité. Les événements d’Octobre 88 mettent fin au parti unique, et permettent la libéralisation de la presse et la création d’associations. Pourtant, ces transformations politiques et sociales inédites semblent peu présentes dans la mémoire des Algériens. Car trois ans plus tard, la victoire du Front islamique du salut aux élections locales, puis l’arrêt du processus électoral et la violence terroriste bouleversent à plus grande échelle l’Algérie. En octobre 1988, Farid Oumahammed vient d’entrer à l’université. Il est témoin de la contestation qui se met en place dans les universités, mais aussi, des premières émeutes, dans son quartier.

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Un an après Me-Too: la Suède, laboratoire des nouvelles relations hommes-femmes

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En Suède, où l’on ne plaisante pas avec l’égalité, ni avec le droit des femmes, les pétitions pour dénoncer le harcèlement ne se sont pas limitées au monde de la culture ou des médias. Il y en a eu des dizaines, dans tous les milieux.
Depuis, le gouvernement a débloqué des fonds pour défendre la cause des femmes.
Une loi sur le consentement – pour éviter les relations sexuelles forcées,  a été votée.
La Suède a même vécu le premier procès de l’ère Me-Too avec la condamnation pour viol de Jean-Claude Arnault. Ce Français, proche de l’Académie Nobel, avait été accusé d’agression par dix-huit femmes, dans la presse suédoise. Figure intouchable du monde culturel, il se retrouve en prison pour deux ans. Depuis, les rapports hommes-femmes sont compliqués, comme le constate Emilie, Suédoise élevée en France.

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France: touche pas à ma petite maternité

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En France, le nombre de maternités a nettement reculé depuis 40 ans, et ce sont les petits établissements qui ont été les plus touchés par ces fermetures. Pour les autorités françaises, ces unités ne comptabilisent pas assez de naissances, ont du mal à recruter du personnel et coûtent trop cher à l’Etat.
En Normandie, la petite ville de Bernay vient de rejoindre la liste des communes menacées de ne plus avoir de maternité, dans le département français le plus touché par la désertification médicale, l’annonce de la fermeture prochaine de la maternité a fait l’effet d’un coup de tonnerre. La population de Bernay, elle, n’a pas tardé à se mobiliser.

→ Clip pour alerter sur la fermeture de la maternité de Bernay: cliquez ici

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Niger : le fléau de la malnutrition infantile

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Au Niger, la malnutrition infantile est un problème chronique. Le pays est l'un des plus pauvres du monde, classé 187ème sur 188 pour l'indice de développement humain... C'est aussi un pays qui connaît des crises diverses : déplacements de population, inondations, épidémies. Des crises ponctuelles qui viennent renforcer un fléau chronique : la malnutrition des enfants, notamment des enfants de moins de cinq ans et des nourissons. Les structures sanitaires nigériennes sont appuyées par des organisations humanitaires internationales. Mais, année après année, le mal de la malnutrition infantile persiste. Grand reportage nous amène aujourd'hui dans la région de Zinder, dans le sud du pays, l'une des plus touchées.
«Niger : le fléau de la malnutrition infantile», un Grand reportage signé David Baché.
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Artistes réfugiés, paroles d'exil

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Menacés dans leur pays d'origine à cause de la guerre, parce que leur art ne plaît pas aux régimes en place ou à des groupes terroristes, ils ont pris la route de l'exil, parmi des milliers d'autres réfugiés. Ils ont laissé derrière eux leur carrière et leurs fans... Aujourd'hui, ils tentent de se reconstruire un avenir loin de chez eux et de renouer avec leur art. Ils sont chanteurs, écrivains, peintres, musiciens... Ils sont syriens, afghans, pakistanais, soudanais... « Grand reportage » part à leur rencontre à l’Atelier des artistes en exil, au sein de l’association Musiques sans Frontières, dans le cadre du projet Orpheus XXI ou dans le groupe belge Refugees for Refugees.
(Rediffusion du 10 janvier 2018).

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Le «non» à Pinochet, trente ans après: comment la dictature est tombée par les urnes

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Il y a presque trente ans, le 5 octobre 1988, les Chiliens votaient majoritairement contre le dictateur Augusto Pinochet, lors d'un plébiscite organisé par la junte militaire. Il dirigeait le pays depuis le coup d'Etat de 1973 contre le gouvernement du socialiste Salvador Allende. Le résultat du vote semblait inespéré, car la répression était toujours présente, l'opposition était encore divisée quelques mois plus tôt, et la plupart des partis politiques de gauche étaient interdits.
Si les Chiliens avaient dit « oui » lors de ce plébiscite, le général Pinochet serait resté huit ans de plus au pouvoir. Le « non » à Pinochet, trente ans après : comment la dictature est tombée par les urnes, c'est un Grand Reportage de Justine Fontaine.
« Après dépouillement dans 15 960 bureaux de vote, la tendance nationale est de 44,34% pour le ''oui'' et 53,1% pour le ''non'' »
Il est 2 heures du matin, dans la nuit du 5 au 6 octobre 1988. Après toute une soirée de tension et d'incertitude, le ministère chilien de l'Intérieur reconnaît enfin la victoire du « non » à Augusto Pinochet. Le dictateur était à la tête du pays depuis plus de 15 ans.
« Ça a été une joie immense, des pleurs, des embrassades. Les gens sont descendus dans les rues. Nous sommes sortis nous aussi, avec des banderoles, des drapeaux... », se souvient Antonia Tarkuc, une habitante de Santiago. « Il y a eu une explosion de liberté, à travers tout le Chili, dans les quartiers, au sein des familles... énormément de joie. »
Au quartier général de l'opposition, ceux qui ont supervisé la campagne pour le « non » et l'observation du scrutin sont presque sonnés par la victoire de leur propre camp. Gonzalo Martner : « Il y avait une énorme histoire derrière », rappelle Gonzalo Martner depuis son bureau à l’Université de Santiago, où il enseigne aujourd’hui. « Donc du point de vue personnel, lorsque le régime a reconnu le résultat à 2h du matin, on était plusieurs à se dire que c'était pas croyable. Il faut voir qu'on avait fait le pari de jouer sur le terrain électoral, mais on n'avait aucune certitude que ça puisse marcher. J'avais un petit enfant à l'époque et le matin j'ai dit au revoir à ma femme à mon petit enfant sans savoir ce qui allait se passer le soir. Donc la nuit quand le résultat a été reconnu, ça a été un choc émotionnel assez fort quand même. »
A peine deux ans plus tôt, les membres de l'opposition eux-mêmes ne savaient pas s'ils allaient accepter de participer. Car le scrutin était organisé par la dictature, et ils craignaient de légitimer le régime qu'ils combattaient depuis 1973, un régime qui a tué ou fait disparaître près de 4 000 personnes.
« C'était une campagne extrêmement émouvante, dramatique, d'une tension rarissime », se remémore Alfredo Joignant, professeur de Sciences politiques à l'Université Diego Portales de Santiago. « C'était franchement un moment inédit et unique dans l'histoire du Chili. Il y avait énormément de difficultés à vaincre, vraiment ce fut une épopée, souligne-t-il. Il faut se souvenir que les listes électorales ont été brûlées à l'occasion du coup d'Etat : il a fallu réinscrire toute la population en un temps record, en l'espace d'un an. Les dirigeants des partis politiques d'opposition étaient littéralement inconnus, parce que les partis politiques de gauche étaient interdits. C'est évident que le résultat est une lutte extrêmement déséquilibrée et asymétrique. »
Au début des années 1980, certains exilés chiliens rentrent au pays avec l'idée de lutter contre la dictature. Les partis politiques de gauche sont interdits, mais l'opposition et le mouvement syndical parviennent à se réorganiser, au point que de nombreuses manifestations et grèves ont lieu pendant cette période. Des centaines de personnes meurent lors de la répression de ces mouvements de protestation.
En parallèle, le parti communiste et la frange la plus à gauche de l'opposition relancent aussi la lutte armée contre le régime. Mais en 1986, un attentat organisé contre le général Pinochet échoue à tuer le dictateur. L'armée chilienne, la mieux formée et la mieux armée de la région, semble trop difficile à battre. La contestation sociale semble s’essouffler.
L'opposition envisage alors d'autres actions : « A partir d'une réflexion menée par les intellectuels chiliens de gauche qui travaillaient dans des centres de recherche privés à l'époque, commence à être imaginée une formule inédite, et très choquante au départ, rappelle Alfredo Joignant, celle de battre Pinochet sur son propre terrain, de le battre dans les urnes, c'est-à-dire sur le terrain de la Constitution. »
Une idée choquante car cette Constitution a été rédigée et adoptée en pleine dictature en 1980. Mais, pour tenter d'apporter une légitimité au régime, le texte prévoit d'organiser un plébiscite en 1988, lors duquel les Chiliens devront dire « oui » ou « non » au candidat désigné par la junte militaire. Sans surprise, ce candidat sera Augusto Pinochet.
Malgré l'incertitude, la plupart des partis d'opposition décident de faire campagne pour le « non », mais les débats internes sont extrêmement houleux, comme le raconte Gonzalo Martner, qui deviendra président du parti socialiste dans les années 2000, et a participé à la campagne du « non » à Pinochet : « Bien sûr nous avons été extrêmement critiqués par la gauche radicale qui nous disait que nous n'allions faire que légitimer le régime, que nous étions dans l'illusion de penser que nous pourrions gagner ce plébiscite et déclencher un processus de retour à la démocratie. Il poursuit : Vous savez, en politique, en général, et dans la lutte contre une dictature en particulier, il n'y a rien de donné à l'avance, donc éventuellement cette gauche radicale aurait pu avoir raison. »
Le 11 septembre dernier, date anniversaire du coup d'Etat de 1973, l'Université du Chili organisait une remise de diplômes à titre posthume, pour les étudiants tués ou disparus sous la dictature avant d'avoir pu terminer leurs études.
En 1973, l’armée chilienne avait mis fin par la force au gouvernement de l’unité populaire mené par Salvador Allende. Le premier président socialiste démocratiquement élu finit par se suicider dans le palais présidentiel pris d’assaut. Pendant la dictature militaire qui commence alors, près de 40 000 personnes seront arrêtées et torturées. Près de 4 000 autres seront assassinées.
Marisol Berrios fait partie de l'association chilienne des familles des disparus. « Je suis la fille de Lincoyan Berrios, arrêté et porté disparu depuis le 15 décembre 1976 », récite-t-elle comme tous les fils et filles des morts et disparus, qui portent la photo de leurs proches, accrochée à leur poitrine.
En 1988, elle se souvient que le choix de participer au plébiscite organisé par la dictature n'a pas été facile à vivre pour elle. Elle s’inscrit tout de même sur les listes électorales, mais s’attend au pire : « A ce moment-là, mon fils aîné avait un peu plus d'un an. Et on s'est préparé aussi parce que si la dictature ne reconnaissait pas notre victoire, on allait devoir prendre des précautions beaucoup plus grandes. Je savais par exemple que, dans ce cas-là, ma mère garderait mon fils... On avait tout préparé au cas où. »
Cette année-là, énormément de personnes votent pour la première fois, comme Alejandra Parra, qui est venue elle aussi à la cérémonie de remise des diplômes aux étudiants tués ou disparus sous la dictature. « Je suis la fille de Mario Parra Guzman, exécuté pour des raisons politiques, et je fais partie de l'association des familles des exécutés politiques, explique-t-elle. Je me suis inscrite dès que j'ai eu 18 ans, en juin. Et le vote était en octobre, donc j'ai pu y participer. C'était très émouvant pour moi, parce que j'entendais toujours dire dans ma famille que c'était l'une des choses qu'on avait perdue : le droit de vote. Donc c'était important, d'autant plus étant la fille de quelqu'un qui avait été exécuté pour des raisons politiques. »
Pendant les derniers mois avant le scrutin, l'opposition appelle à manifester plusieurs fois, et réunit jusqu’à 1 million de personnes à Santiago.
Alejandra Parra : « C'était des manifestations merveilleuses. Il y avait beaucoup, beaucoup de monde. C'était gigantesque, plein d'espoir. Et puis, les spots électoraux pour le « non » ont commencé, et le fait de voir que les nôtres étaient plus positifs, avec une mise en scène plus réussie... ça nous donnait de l'espoir, on y croyait vraiment. »
Début septembre, 30 jours avant le plébiscite, la campagne officielle commence à la télévision. Le « non » a droit à 15 minutes, tous les soirs, vers 23 heures. Chaque spot commence par quelques secondes de la chanson officielle de la campagne, « La alegria ya viene », la joie arrive, puis le présentateur Patricio Bañados prend la parole : « Bonsoir, pour la première fois en 15 ans, ceux qui ne partagent pas la pensée officielle ont l'occasion de s'exprimer à travers de leur propre émission télévisée, annonce-t-il le premier jour. C'est l'opportunité pour moi de retrouver la profession de laquelle j'ai été écartée, il y a plus de cinq ans. Mais quinze minutes, en quinze ans, ce n'est pas beaucoup. Alors allons vers cette joie qui vient déjà », annonce-t-il en relançant la chanson de la campagne.
A ce moment-là, plusieurs journaux et revues de gauche circulent légalement. Il y a aussi quelques radios d'opposition. Mais à la télévision, ces spots électoraux sont le seul espace de pluralisme.
Le camp du « non » choisit de transmettre un message positif, un message d'espoir, souvent teinté d’humour, tout en donnant la place à des figures de l'opposition et des messages forts contre la dictature, comme l'image de femmes de disparus, qui, une photo de leur proche accrochée à leur poitrine, dansent seules face à la caméra. « Non aux disparitions forcées », conclut la voix off.
A cette époque, à cause de l'absence de politique culturelle sous la dictature, et de la censure, de nombreux artistes travaillaient dans la publicité pour gagner leur vie. Grâce à cela, ils ont appris à créer des messages forts, condensés et directs. Selon Juan Forch, l’un des réalisateurs de ces vidéos, cela explique en partie le succès des spots électoraux pour le « non »  à Pinochet. « Ils ont pensé que nous donner seulement 15 minutes, à cette heure-là, ne nous suffirait pas à communiquer un message aux gens, affirme-t-il de passage à Santiago. Ils ne se sont pas rendu compte que les gens se sont concentrés sur ces émissions de 15 minutes en faveur du « non » et 15 minutes en faveur du « oui », et c'était ça qui les intéressait le plus, parce que c'était l'endroit où se confrontaient les deux camps. »
Dans l'un des spots en faveur du « non », un juge décrit les personnes qui arrivaient devant lui après des séances de torture ininterrompues. Ce soir-là, l’émission est censurée.
Dans ses vidéos, le régime présente la victoire de l’opposition comme un retour assuré vers le passé, et le chaos. D’un autre côté, il souligne la forte croissance de l’économie chilienne cette année-là. Les spots sont ponctués du slogan « Oui, un pays gagnant ».
Puis, arrive le jour du vote, le 5 octobre 1988, commenté toute la journée à la télévision et la radio.
Nous sommes au début du printemps austral, et les files d'attente s'étalent parfois sur des centaines de mètres, sous le soleil. Au total, selon les chiffres officiels, 97% des inscrits iront voter.
Marcelo Ayala a voté « non ». Il se souvient d’une journée de grande tension. « Les élections sont toujours supervisées par l'armée, à Santiago en tout cas, rappelle-t-il avant de prendre une très longue respiration. Et évidemment, c'était une source de peur. Je me souviens que pendant que je votais je me demandais s'ils pouvaient voir mon vote... L'insécurité était permanente, y compris quand on voyait que le « non » était en train de l'emporter, il y avait cette incertitude... On ne savait pas si la victoire du « non » allait être reconnue. »
Grâce au décompte parallèle des voix organisé méthodiquement par l'opposition, le camp du « non » annonce progressivement les premiers résultats, qui donnent le général Pinochet perdant. Le régime, lui, annonce des résultats partiels favorables au « oui ».
Alejandra Parra, de l'association des familles des exécutés politiques, suivait la soirée électorale chez elle, avec sa famille. « Tout le monde écoutait la radio attentivement, regardait la télé. Et tout d'un coup, ils ont commencé à passer des dessins animés. Et là, on s'est dit : mais qu'est-ce qu'il se passe ? »
A l'étranger, les Chiliens exilés n'avaient pas le droit de voter. Daisy Zamorano vivait en France à l'époque. Elle et son mari étaient militants des jeunesses communistes, et après qu'il a été arrêté et gardé en détention pendant plusieurs jours, ils ont décidé de quitter le Chili, en 1982.
Le soir du plébiscite, ils avaient invité des amis chiliens chez eux, en région parisienne, pour suivre la soirée électorale retransmise par Radio Latina, une antenne issue du mouvement des radios libres, qui avait ce soir-là un partenariat avec Radio Chilena, disparue aujourd’hui.
« On avait invité une douzaine de personnes, se souvient Daisy Zamorano depuis sa maison perchée sur une colline de Valparaiso, au Chili. Ils ont apporté des drapeaux chiliens, etc. Et nous étions divisés : certains n'avaient aucun espoir que les choses puissent changer, et d'un autre côté moi et mon mari, avec d'autres amis, nous étions convaincus que les choses allaient changer, on en était sûr. »
Quand le régime annonce pour la deuxième fois des résultats provisoires qui donnent le «oui» gagnant, il est très tard en France, et autour de la table, personne ne croit plus vraiment à la victoire du « non ». « Tout le monde est rentré chez soi, raconte Paul Vallejos, le mari de Daisy. Mais moi j'ai continué à écouter la radio, Radio Latina, dans la chambre, avec des écouteurs je crois. Et vers 4 ou 5 heures du matin, heure française, j'entends des déclarations... Ils disaient que le « non » l'avait emporté », poursuit-il.
« On s'est levé, on s'est levé et on a monté le son de la radio, je me souviens, en pleurant. On riait et on pleurait en même temps, sourit Daisy Zamorano. On s'est dit : "c'est fini, notre souffrance se termine ici". Et on a tout de suite décidé qu’on allait rentrer au Chili. »
Du côté des partisans du « oui », c'est la déception. Patricia Molina a travaillé toute sa vie comme infirmière à Valparaiso, où elle vit encore. Elle a vécu ce moment avec son père, partisan de Pinochet comme elle. « On l’a appris le soir, avec Papa. On était suspendus aux informations, surtout mon père. Jamais je n'ai pensé que le non pouvait gagner, et finalement, c’est le «non» qui l’a emporté, raconte-t-elle, encore étonnée. Je t’assure qu'on avait envie de mourir, on se disait : «oh non, le socialisme et le communisme vont revenir, comme dans le passé, ça va être terrible.» Il y avait une certaine peur, parmi les gens de droite. »
Marco Abarca vivait à l'époque dans un quartier très chic de Santiago. Il a voté « oui » à Pinochet. « Dans mon bureau de vote, beaucoup de gens étaient favorables au « oui », explique-t-il posément, sans jamais utiliser le mot «dictature». Et puis on a entendu à la télévision que le « non » l'avait emporté. Pour certains, c'était une grande joie, et pour d'autres beaucoup de tristesse, d'incertitude. Nous nous demandions si ce que souhaitaient les gens de la campagne du « non » allait arriver, et ce qui allait se passer pour le pays. »
Après le vote, les partisans du « non » descendent dans la rue pour fêter la victoire. Mais l'effervescence retombe au bout de quelques jours. Car malgré le résultat du vote, le régime reste en place jusqu'aux élections législatives et présidentielle, remportées par l'opposition à la fin de l'année suivante.
« Pinochet quitte le leadership de l'armée de terre seulement en 1998 ! Et pour devenir sénateur à vie », s’exclame Alfredo Joignant, le professeur de Sciences politiques, depuis son bureau à l’Université Diego Portales.
Le général Pinochet meurt en 2006 sans avoir jamais été jugé pour les crimes commis sous la dictature. Et les gouvernements démocratiques qui ont suivi n'ont pas réellement remis en cause le modèle économique et social imposé sous son régime.
En 1988, l'espoir suscité par la victoire du « non » était si grand que trente ans après, certains sont déçus. Daisy Zamorano, ancienne exilée en France : « Certaines choses ont changé, oui, mais pas concernant quelque chose d'essentiel sur le fond : la question des inégalités sociales. » Malgré tout, son mari, Paul Vallejos, veut retenir que les Chiliens ont conquis ce jour-là un droit fondamental : pouvoir vivre en paix et sans peur.
Cet ancien militant des jeunesses communistes se souvient d’un sentiment omniprésent sous la dictature : « C'était une terreur généralisée qui ne se voyait peut-être pas tout le temps, mais qui était bien là. Donc en termes de sécurité, de cauchemars... il y a eu un vrai changement. On peut émettre des critiques concernant les questions économiques, les inégalités, les lois autoritaires qui ont persisté pendant de nombreuses années... Je partage ces critiques, mais concernant la sensation de pouvoir vivre sa vie tranquillement, sans craindre pour sa propre sécurité, le Chili a radicalement changé après le plébiscite. »
Le «non» à Pinochet, trente ans après : comment la dictature est tombée par les urnes, un Grand Reportage de Justine Fontaine, réalisation : Pierre Chaffanjon.
 

Musique :

Inti Illimani, «Vuelvo»
Florcita Motuda, «Vals del no»
«La alegria ya viene», hymne de la campagne pour le «non» à Pinochet

Archives :

Le ministère chilien de l’Intérieur reconnaît la victoire du «non» Radio Cooperativa
Extrait de la soirée électorale organisée par Radio Latina, en partenariat avec Radio Chilena

Spots électoraux :
Episode 1 : https://www.youtube.com/watch?v=rPfEpLHB_Cw
Episode 8, version censurée : https://www.youtube.com/watch?v=oXjcI-ioreU
Les femmes de disparus qui dansent seules dans une vidéo de la campagne pour le non : https://twitter.com/Chile_1988/status/1047271880149913601
Compte Twitter qui résume le dernier mois de la campagne, jour par jour, avec des extraits des spots électoraux et des photos des journaux de l’époque : https://twitter.com/Chile_1988

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Brésil: désillusion sociale

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A la veille de l’élection présidentielle, les Brésiliens sont confrontés à une violence quotidienne et une précarité grandissante. Balles perdues, répression policière, loyers hors de prix, mal-logement... les problèmes s’accumulent, et la campagne électorale n’apporte pas de solution. La crise économique s’est installée sur la durée, provoquant une crise sociale de grande ampleur – dont l’extrême droite sort renforcée. Les Brésiliens sont partagés entre mécontentement, colère et désespoir.

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Inde : les homosexuels ne se cachent plus

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Le 6 septembre 2018, la Cour suprême indienne a dépénalisé l'homosexualité, une décision historique qui invalide un texte édicté à l'époque coloniale, et qui servait à harceler la communauté LGBT. Des dizaines de millions d'Indiens sont homo, bi ou transsexuels. Ils sont artistes, employés de bureau ou chauffeurs de taxi, mais aujourd'hui, ils vivent cachés. Ils ont peur d'être rejetés ou agressés, et moins de la moitié d'entre eux révèlent leur orientation sexuelle à leurs collègues de bureau ou à leur famille. La décision de la Cour suprême permet de lever une partie de cette crainte et d'ouvrir de nouvelles perspectives économiques et sociales pour eux : les commerces LGBT pourront fleurir plus ouvertement, les marques pourront attirer cette clientèle dépensière et cette communauté pourra se battre contre les discriminations au travail. Ces changements devraient permettre d'offrir une nouvelle visibilité aux homosexuels indiens, et de faire changer des mentalités encore conservatrices sur le sujet. Notre correspondant, Sébastien Farcis, est allé à la rencontre des acteurs de cette économie arc-en-ciel, pionniers de cette nouvelle révolution.

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Birmanie : un déminage encore impossible ?

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Pendant les six premiers mois de l'année, déjà 185 personnes ont eu un accident à cause d’une mine antipersonnel, dont 45 enfants. En effet, le pays fait partie des trois Etats qui comptent le plus de victimes dans le monde, avec l’Afghanistan et la Colombie : 4 000 personnes depuis 20 ans. Et les chiffres restent largement sous-estimés à cause du manque de données officielles. Depuis 60 ans, à cause des conflits entre l’armée et les rébellions ethniques, des mines ont régulièrement été posées dans le pays par les différents camps. Cette menace persiste puisque la Birmanie est le seul pays au monde qui utilise toujours des mines, et aucune opération de déminage humanitaire n’a été autorisée dans le pays. « Birmanie : un déminage encore impossible ? » c’est un grand reportage d’Eliza Hunt qui nous emmène d’abord de l’autre côté de la frontière birmane, dans les camps de réfugiés rohingyas au Bangladesh.

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28 septembre 2009, la maladie du silence

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Neuf ans après le massacre du 28 septembre en Guinée, les victimes attendent toujours l'ouverture d'un procès. En 2009, les militaires alors au pouvoir avaient brutalement réprimé un rassemblement de l'opposition au stade du 28 septembre. Au moins 157 personnes avaient été tuées, plus de 100 femmes violées. Aujourd'hui, la majorité des 13 inculpés occupent toujours des fonctions officielles. Les victimes, elles, ont le sentiment que l'impunité persiste et il leur est toujours difficile de parler de ce qui s'est passé ce jour-là.
« 28 septembre 2009, la maladie du silence », c'est un Grand reportage d'Anne Cantener.

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Saint-Martin : un an après Irma, une île fragile à reconstruire

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Grand reportage nous emmène aux Antilles à l'occasion de la visite du président français Emmanuel Macron. Il y a un an, un ouragan de force 5, Irma, le plus puissant jamais enregistré dans l'Atlantique, avait déferlé sur Saint-Barthélemy et Saint-Martin. Cette dernière met beaucoup plus de temps à se reconstruire. L'île aux décors paradisiaques vit du tourisme comme sa voisine mais elle a été détruite à 95%. L'Etat français a apporté son soutien matériel à la reconstruction, près de 500 millions d'euros. « Saint-Martin : un an après Irma, une île fragile à reconstruire ». C'est un grand reportage signé Aabla Jounaïdi, réalisé par Pierre Chaffanjon.

Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne.
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Le numérique : beaucoup d’électricité pour du virtuel

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On est sur nos téléphones portables, nos ordinateurs, nos tablettes, et on communique avec le monde entier à longueur de journée, que ce soit pour raisons privées ou professionnelles. Mais les réseaux numériques ne peuvent fonctionner que s’ils sont alimentés par de l’électricité, beaucoup d’électricité, alors cette consommation pourra-t-elle augmenter indéfiniment ? Question à laquelle le grand reportage d’Agnès Rougier « Le numérique : beaucoup d’électricité pour du virtuel », tente de répondre.

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L’Argentine bascule dans une nouvelle crise

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Une grève générale est prévue ce mardi en Argentine, à l’appel de plusieurs syndicats du pays. Un mouvement qui s’annonce très suivi, et qui vise à dénoncer la politique économique du gouvernement de Mauricio Macri. Car l’Argentine est en train de s’enfoncer dans une grave crise économique et financière : taux d’inflation de plus de 40%, dévaluation de la monnaie nationale, hausse de la pauvreté… La situation est telle que le pays a fait appel au Fonds monétaire international pour obtenir une aide d’urgence, en échange de mesures d’austérité. « L’Argentine bascule dans une nouvelle crise », un grand reportage d'Aude Villiers-Moriamé.

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Colombie, tension et exil à la frontière avec le Venezuela

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Durant des décennies, la Colombie a été un pays d’émigration en raison de la guerre qui l'a déchirée. Aujourd'hui, elle fait face au mouvement inverse et reçoit la plus grande immigration de son histoire. Plus d'un million de personnes sont déjà entrées en Colombie depuis le Venezuela. Ces hommes, femmes, enfants fuient la crise économique et politique du pays voisin. Dans ce reportage, nous partons dans la région nord de Santander, au nord de la Colombie. Tout près de ce pont international Simón-Bolivar que des dizaines de milliers de Vénézuéliens empruntent chaque jour. C'est la porte d'entrée de leur exil. Une zone de forte tension où se concentrent les carences économiques, sociales et de sécurité de la région frontière. « Colombie, tension et exil à la frontière avec le Venezuela ». Un grand reportage sur la zone frontière de Cúcuta, de Lucile Gimberg.