Depuis trois ans, une région indienne a lancé un recensement exceptionnel et controversé de sa population : en Assam, dans l’extrême nord-est du pays, les 33 millions de citoyens doivent prouver qu’ils résident dans cet Etat depuis plus de 47 ans, faute de quoi ils seront déchus de leur nationalité. Un exercice monumental, venu répondre aux craintes des nationalistes : ceux-ci affirment que des millions de Bangladais ont infiltré cette région frontalière et obtenu la nationalité indienne, changeant les pratiques culturelles et religieuses de l’Assam. Mais ce recensement est en train de tourner au cauchemar : plus de quatre millions de personnes ont déjà été exclues de la liste provisoire de citoyens, et sont lancées dans une procédure d’appel angoissante. Car le résultat pourrait être horrible : des millions d’Indiens, dont une grande partie de musulmans, pourraient devenir apatrides. Certains craignent que ces indésirables de l’Assam subissent un sort similaire aux Rohingyas de Birmanie. Notre correspondant en Inde, Sébastien Farcis, est allé en Assam pour enquêter.